Des ronds dans l'eau

Lundi, un soleil doux, du temps devant moi. F. endormi contre ma poitrine, je savoure celui que l’on pressent tous être le dernier des beaux jours. C’est une sensation que l’on aimerait figer éternellement : la température et la densité de l’air semblent parfaitement ajustées à la chaleur du corps, tout - le bruit des pas sur le sentier, les feuilles qui frémissent là-haut, une conversation ordinaire - sonne comme dans de l’ouate. On dirait le silence.

C’est une odeur de terre humide remuée par le soleil, c’est le parfum minéral de l’humus et des feuilles rouges écrasées dedans. Rien ne me semble alors plus vivant que cette petite mort - qu’y a-t-il, au fond, de plus rassurant que le cycle des saisons ? Il y a de fins champignons blancs en forme de petites vagues agrippés aux troncs.

Plus loin, une eau trouble, une plume grise qui danse à la surface. Je m’arrête là, les sens noyés dans ce décor banal. Un pigeon blanc, bonjour. Puis un ballet de plumes couleur macadam, des pattes rouges comme les tuiles des maisons, quatre canards noirs, un papillon. Nous debout au centre de ce petit monde. Et la joie, la vraie, me saisit au milieu de cette scène triviale. De ce moment sacré.

Une naissance

Avec les premiers jours d’automne sont nés deux petits garçons aux prénoms de lumière. Je vois leurs iris noirs, la pureté de leurs traits, leurs toutes petites mains et, éblouie d’amour à en pleurer, mon ventre tout à coup ne m’a jamais semblé si creux. 

Sur mon téléphone je fais défiler les images d’avril, mon minuscule F. emmailloté dans un lange, sa peau nue contre ma poitrine, les nuits blanches à le couver des yeux. Tout est allé si vite, il y avait l’urgence, les aléas, il fallait dire « Ça va », il fallait être forte. 

Six mois pour réaliser, pour pleurer les larmes que, dans cette course de fond, je n’ai pas eu le temps de verser. C’est pas les oignons, non. C’est le temps qui nous file entre les doigts quand on oublie - inspire, expire - de respirer.