Les soirs de juin

Les soirs de juin auront pour toujours la saveur de mes 17 ans. Me noyant alors dans les vers et la prose d’Arthur Rimbaud, mes songes étaient tissés de fugues raisonnables, d’allées de tilleuls et de cafés éclatants. Un recueil de poèmes vieux comme le monde calé dans la poche, des idéaux scellés dans le coeur, j’ai passé bien des soirs à contempler mon trop petit univers, penchée à la fenêtre, perchée sur le toit. A rêver d’ivresse et du grand Ailleurs.

Est-ce le souvenir naïf de ce temps révolu qui nourrit mon attachement aux prémices de l’été ? Ce soir encore, l’appartement ouvert aux quatre vents, les bras croisés au balcon, je me surprends à noyer mon regard dans les feuillages, longtemps, me nourrisant de chaque note distillée dans l’air par un voisin généreux. Je bénis la saison des concerts très privés, piano piano, avec pour seul salut en fin de mouvements, tilili tilili, le chant des oiseaux.